ours grizzly

ma première rencontre avec un grizzly fut des plus inattendues! vous me direz ce genre de rencontre l’est toujours (ou vaut mieux) mais celle-ci fut tout aussi comique qu’impressionnante. allez, je vous raconte :

nous étions, ian et moi, dans le parc national kluane au yukon, canada. un parc réputé pour sa large population d’ours grizzlis. nous avions prévu 3 jours de trek dans le parc: 1 jour pour arriver jusqu’au camp, 1 jour pour crapahuter autour et 1 jour pour en sortir. le premier jour de marche, nous avions vu beaucoup de signes que les ours étaient dans le coin -empreintes, coups de griffes sur les arbres, terre relevée, crottes violettes (et oui, les ours adorent les myrtilles ^^)- mais nous n’en avons vu aucun, ni de près ni de loin. il faut dire que les ours ne sont pas les premiers à chercher la rencontre non plus. j’étais presque déçue mais je savais que c’était mieux de ne pas tomber face à face avec ces bêtes alors c’était plutôt rassurant d’avoir traversé 22 km du parc sans en croiser.

le lendemain, nous voulions explorer les environs et notamment nous rapprocher du glacier qu’on apercevait depuis notre camp. sauf que, je dois avouer, j’étais fatiguée. la marche de la veille, les randonnées précédentes et la route avaient un peu eu raison de mon moral. de plus, le glacier paraissait loin, très loin. il fallait encore traverser des rivières, des rochers qui n’étaient franchement pas attrayant au point où j’en étais (moi, mon vertige et l’escalade ça fait plus que trois!) et je voyais depuis le confort (et c’est un grand mot) du camp les crêtes qu’il fallait passer pour atteindre le glacier. autant dire que ça avait l’air magnifique mais je ne me sentais pas vraiment d’attaque ce jour là.

ceci étant dit, vous vous doutez bien, j’y suis allée quand même! je ne voulais pas décevoir ian et je ne voulais pas non plus perdre l’occasion de profiter de cet endroit grandiose. alors on a marché, on a traversé les rivières (une tâche franchement pas facile, où j’ai quasi abandonné et fait demi-tour), on a monté, on a descendu les rochers et on a marché, marché, marché… la route était incroyablement belle. nous étions entourés de montagnes aux sommets enneigés, la rivière au centre et le glacier en décors de fond. mais le moral n’y était tout simplement pas et plus on s’approchait du glacier, plus la crête devenait visible, moins j’avais envie de continuer. j’arrête alors ian et lui dit :

– je n’en peux plus, je n’ai pas envie de suivre ce chemin. je sais déjà que ça va être trop dur pour moi. si encore le mental y étais mais aujourd’hui, je ne le sens vraiment pas. écoute, vas-y toi. je sais que t’as envie d’aller jusqu’au bout. il fait beau, je peux rester là, profiter du soleil en attendant que tu reviennes.

je sens qu’il ne veut pas me laisser seule.

– je ne vais pas te laisser là toute seule. et si quelque chose arrivait, si un animal, un ours s’aventurait par là? on n’a qu’un seul répulsif!

mais je vois aussi qu’il a très envie de continuer.

– arrête, il ne va rien se passer. on n’a rien vu hier, on n’a rien vu aujourd’hui. on est dans un espace assez ouvert et il n’y a rien. je vais rester là, pénard sur ce rocher jusqu’à ce que tu reviennes. que veux-tu qu’il m’arrive?

on se trouvait sur une petite butte, en hauteur et assez loin du lac du glacier sur notre gauche et plutôt éloignés de la montagne sur notre droite où quelques arbres et buissons avaient réussi à pousser à travers les rochers.

– non, attends, j’ai entendu quelque chose. voyons voir ce que c’est et après je te laisserai

 

 

je roule les yeux au ciel!

– ne déconne pas, ça fait deux jours qu’on n’a rien vu. ce n’est pas maintenant qu’on va croiser un…
…ah… un grizzly…

 

 

 

effectivement, nous étions en présence d’un ours grizzly qui remuaient dans les buissons, à 20-30 mètres de nous, à la recherche de baies à se mettre sous la dent. j’étais bouche bée, excitée et inquiète à la fois. nous n’avons pas bougé, ian avait déjà sorti le répulsif à ours et en l’espace de quelques minutes l’ours s’était déjà beaucoup rapproché. il avançait doucement vers nous, comme s’il voulait traverser la butte pour atteindre le lac derrière. quand même un peu inquiète du rapprochement de la bête, je lance à ian :

– on ne devrait pas s’éloigner?

– trop tard. de toute façon, on est deux et il est seul. il ne devrait pas attaquer. il faut qu’on reste en place.

 

 

 

c’était magique et terrifiant à la fois d’être si proche d’un grizzly. il a fini par s’arrêter juste en bas de la butte où nous nous trouvions, il était à 5 mètres à peine. sans le défier, nous n’avons pas bougé et nous avons attendu qu’il agisse. il semblait embêté par notre présence, comme si on était dans son chemin et qu’il ne pouvait pas traverser tant qu’on était là. il nous a regardé, il a secoué la tête à plusieurs reprises, il a même émis un petit grognement puis il est reparti d’où il venait. ooouuufff!

de notre côté, nous étions deux statues. j’étais émerveillée mais tellement abasourdie par ce qui venait de se passer. quand nous avons retrouvé nos esprits, il était clair qu’ian n’allait pas me laisser là. on a donc repris la marche, à mon grand désespoir, à la recherche d’un lieu plus sûr où je pourrai me poser. ian marchait vite et je pense qu’il essayait simplement de m’inciter à le suivre, de continuer coûte que coûte mais au bout d’un moment, j’en pouvais vraiment plus alors je me suis arrêtée et il a continué sans moi. rassurez-vous, je n’ai pas revu de grizzly ce jour là mais cette rencontre, plus qu’inattendue et plutôt comique vue la situation, a animé nos conversations sur le chemin du retour, en dînant le soir et même le lendemain jusqu’à ce qu’on en aperçoive deux autres! 😉

date : mardi 19 août 2014
lieu : parc national kluane, yukon, canada
conseil : devant un grizzly – rester calme et ne surtout pas bouger.

budget voyage, mais comment fais-tu ?!
voyager, c'est un choix. le retour, aussi.

sophie

partie pour un voyage au long cours, sans plans mais avec de grandes idées. voyageuse dans l'âme, moitié française, moitié anglaise, sophie a toujours eu un réel plaisir à apprendre de nouvelles langues et à découvrir le monde. sage mais folle, improviste mais organisée, solitaire mais sociable, elle part à l'aventure, pour le meilleur, pour le pire et tout ce qu'il y a entre.

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